Mélancolie

J’ai longuement réfléchi avant de me lancer dans un espace de mon coeur cruellement blessé par le départ hors de la vie d’une amie très chère, mon amie Josépha que nous appelions tous tendrement "Josée".
Nous nous sommes connues lors de mon arrivée en Provence ! On dit toujours qu’il n’y a pas de hasard, mais le destin.
Mon époux (ex maintenant) travaillait pour une société de sous-traitance pour Eurocopter, alors appelée "Sud-Aviation" et l’un de ses collègues était fiancé à une jeune fille qui habitait près de chez nous.
Nos enfants étaient jeunes, mon petit dernier 4 ans, et nous, bien entendu dans la force de notre jeunesse et la fougue qui la caractérisait. Nous occupions nos week-end en allant planter nos "guitounes" sur la plage dite "Napoléon" à Port-Saint-Louis du Rhône le camping sauvage était alors encore autorisé.
Donc, au cours de l’un de ces week-end, le copain et sa fiancée, les parents de la fiancée, les oncles et tantes (origine espagnole oblige, comme tous les latins de se regrouper) nous nous sommes retrouvés autour d’un feu de camp le soir à partager les "télines" que nous avions cuisinées ainsi que les grillades, les jeux de pétanques et tout ce qui accompagne ce genre de festivités.
C’est là où avec Josée nous avons sympathisé. Même métier (le notariat) enfants du même âge, la beauté du coeur et pour elle celle du physique, le rire en premier nous a rapprochées.
Je n’avais pas encore repris d’activité professionnelle, mon Sébastien étant vraiment un enfant trop difficile à bien des égards, j’ai donc attendu encore une année avant de me décider.
Josée travaillait dans une étude d’un village, et moi en juin de l’année 1977 j’ai été embauchée dans un Office Notarial sur sa recommandation, elle y avait travaillé dans le passé.
Nous nous retrouvions au cours de fêtes de famille, de week-end à la mer, et puis, de nouveau elle est revenue travailler en ma compagnie. Nous avions une grande complicité et comme toutes les femmes, échangions nos petits "secrets", nos désirs, nos espoirs… pour moi, c’était déjà les voyages, mais famille oblige, l’éducation des enfants passe avant notre propre plaisir, et la chance déjà d’habiter près de la mer avec une famille entière amoureuse de l’eau, je n’étais pas vraiment frustrée, mais il faut toujours bâtir tous les jours un peu si l’on veut arriver à terminer l’édifice de nos rêves.
Josée était une femme belle, dans le sens noble du terme comme du physique, elle avait la générosité, la gaîté, l’amour pour les autres, on ne peut décrire ce qui est indescriptible mais elle a été capable de prendre une place dans le coeur des gens et de ne pas en partir, malgré son départ.
Le temps est passé, sans aucunement entamer notre amitié, puis la maladie est arrivée, quel courage elle a eu pour l’affronter, je me souviens de ses séances de rayons qui la laissaient brûlée, souffrante, mais elle a à tout prix voulu continuer de travailler !
Les "autres" ne comprenaient pas, critiquaient, ils ne savaient pas qu’elle refusait d’avoir un pied sur la tombe en restant chez elle de peur qu’elle n’y glisse complètement. Le travail, c’était la vie, la preuve de sa vie, alors, à mi-temps elle a continué.
Je ne veux pas régler des comptes avec les comportements égoïstes et mesquins de ceux qui ont méprisé "le malade", c’est humain d’avoir peur de la maladie, mais l’humanité justement c’est bien d’avoir un peu de compassion, de donner un peu de sa force morale pour alimenter l’espoir, mais là encore, le destin est toujours à veiller, je le sais….. les plus odieux ont été cruellement punis.
Elle s’en est sortie, glorieusement, la vie a gagné le premier tour, puis, le progrès informatique a évolué, de nos brontosaures d’ordinateurs nous sommes passés à des logiciels très performants pour travailler. L’économie de bout de chandelle de notre patronat a fait que l’initiation à ce produit a été bâclée, et Josée, déjà pas très attirée par l’informatique (ça arrive) s’est retrouvée larguée…. C’était une femme intelligente cependant, il ne lui aurait pas fallu beaucoup de temps pour s’initier plus sérieusement, mais vous le savez, la productivité vous talonne et vous ne valez que par votre productivité, donc elle a été soumise à pression, surbookée, elle a craqué !
Elle a fini par quitter la Société en dépression nerveuse grave. J’allais souvent lui rendre visite, elle avait besoin de soutien et toujours des petits potins, je lui racontais mes voyages que j’avais déjà commencé depuis quelques temps (depuis ma séparation conjugale) et elle s’extasiait, elle avait fait à peu de choses près, le même périple que moi aux Etats-Unis avec son mari et son fils aîné, elle n’avait pas la passion aussi forte que la mienne, elle préférait des vacances plus "sociables", moins aventureuses, mais nous étions complémentaires et nous nous enrichissions mutuellement de nos découvertes.
Ma recette de la paëlla vient d’elle, c’était une super cuisinière, elle aimait recevoir mais beaucoup moins manger. Encore un point sur lequel nous différions car j’ai toujours eu la fourchette agile, au point que l’un de mes patrons que disait toujours "vous creusez votre tombe avec votre fourchette", ce à quoi je répondais par un éclat de rire !
Les tables de Josée étaient réputées, elle savait recevoir.
Puis, son fils aîné a quitté Paris et s’est installé dans un coin de Provence à la limite du Var, où avec son époux ils ont décidé de s’installer pour se rapprocher des enfants, ce qui est bien légitime. Dans le même temps, j’ai décidé moi aussi de m’arrêter de travailler, ayant eu 3 enfants, le notariat ayant une caisse de retraite "assimilée fonctionnaire", ça donne des avantages dont j’ai décidé de profiter, le passage aux 35 H n’ayant pas apporté que des avantages dans mon secteur car je me suis retrouvée avec moins d’heure à travailler mais avec le travail d’une personne qui n’a pas été remplacée, en plus.
J’ai estimé à juste titre qu’ayant démarré dans la vie professionnelle à 17 ans et mené une vie de femme active, d’épouse et de mère de famille, le tout de front, je méritais bien de profiter des belles années qui me restaient à réaliser tous les rêves mis de côté et que ma belle santé me permettait encore d’entamer.
Cette parenthèse mise de côté, avec Josée, nous nous sommes retrouvées éloignées géographiquement, et quand l’une était là, l’autre était absente (elle allait souvent en Espagne où elle avait un appartement) et vice-versa.
Lorsque j’essayais d’avoir des nouvelles, j’avais souvent des réponses évasives des personnes qui étaient susceptibles d’en avoir, et le temps que je passais à courir à travers la France pour entretenir des relations familiales, a contribué à mettre un fossé d’absence entre Josée et moi.
L’an passé, au retour d’une de mes promenades parisiennes, avant mon départ pour l’Australie, un message sur mon répondeur téléphonique m’apprit le départ pour l’autre monde de ma très chère amie Josée, j’ai ressenti immédiatement un horrible vide, dans ma tête d’énormes regrets, j’avais été égoïste, moi la battante, celle qui va au bout de tout, je n’étais pas allée au bout de mon amitié, je m’étais laissée avalée par le tourbillon de ma nouvelle vie et j’avais oublié le principal, l’amour d’une amie. Je l’avais abandonnée car je n’avais pas su que la maladie ne renonçait pas, qu’elle avait attaqué de nouveau et qu’elle avait eu gain de cause.
Mon adorable amie avait eu des pensées pour moi, elle ne comprenait pas que je n’étais pas allée la visiter et j’ai eu ce remord pendant des mois. Je ne me cherche pas d’excuse, la vie est courte, et si elle doit s’arrêter elle ne vous envoie pas de faire-part, mais, même si ce n’est pas volontairement que je l’ai fait, j’aurais dû être plus vigilante, on ne l’est pas assez avec les gens que l’on aime, par négligence !
En mars, je suis allée en voyage au Vietnam, vous allez me dire, je ne vois pas le rapport, et bien il est vrai qu’il n’y en a pas, sauf que, une nuit, mon amie Josépha est venue me visiter, elle est venue me dire qu’elle n’était pas morte (j’ai toujours eu un déni de la mort) et qu’elle venait bavarder avec moi car il y avait longtemps qu’on ne l’avait pas fait. Et nous avons parlé, parlé, pendant des heures (dans mon rêve) et lorsque je me suis réveillée, je savais que j’avais rêvé, mais je suis restée apaisée, j’ai eu l’impression qu’elle était venue pour me pardonner. Alors peut-être moi aussi vais-je pouvoir me pardonner.
Daniela.
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6 réflexions sur “Mélancolie

  1. Bonjour
    Merci pour ta visite et ton com "chez moi". Ton blog est intéressant, je ne fais que le parcourir tout de suite mais j\’y reviendrai, je fais un raccourci. Continue!
    Bises     Hubert

  2. Re  coucou
    Voila tu habite donc en provence  belle région surtout quand la mer est  proche  comme c\’est le cas pour toi .
    J\’espère que tu apprécie cette chance que tu as de vivre dans un aussi agréable  endroit.
    Belle  analyse de ton amitié  , c\’est vrai que les obligations de la vie nous éloignent trop souvent des personnes  avec qui on est bien  pourtant .
    Moi  j\’ai rencontré ici grace  a mon espaces de personnes extra qui sont devenues de  très proches amies et qui m\’apportent beaucoup  et j\’en suis tres heureusement surpris  car on peux aussi rencontrer l\’âme soeur en amitié .
    Amitié  à bientôt   bisous

  3. Je vous répond sur ce billet car c\’est celui  qui me touche le plus, elle est venue à vous alors que vous étiez dans un pays étranger, comme quoi l\’amitié n\’a pas de frontière réelle ou imaginaire, je ne pense pas que  c\’était uniquement un rêve, sinon elle vous aurait parlé avec vos propres mots, elle est partie de notre monde mais elle est là, toujours présente, certainement  votre ange gardien, peut-être au vietnam, à un moment précis, vous étiez réceptive, enfin, il ne sert à  rien de se poser  toutes ces questions, nul n\’a la réponse,
    C\’est drôle, enfin, bizarre, lorsque j\’ai lu ce billet, touchée énormément je l\’ai été et en mettant mon commentaire, je constate que vous connaissez  mon ami Ludo, c\’est une personne qui compte bcp pour moi,  on se ressemble sur pas mal de point, enfin je l\’adore, il m\’aide à avancer et à positiver. Un coup de fil de lui et tout repart, il trouve tjs les mots pour me rebooster.
    Un grand merci pour votre commentaire, vraiment, il est vrai qu\’il faut ignorer les insultes, si vous revenez me voir (ce serait avec un grand plaisir) évitez  de mettre  le commentaire sur le  premier billet car il est constament déplacé (le bienvenue) pour être certaine de pouvoir revenir ici sans perdre votre trace, je mets votre espace dans les favoris.
    A bientôt et encore  un énorme merci.
    Val

  4. Décidément je suis gaté aujourd\’hui , ma sensibilité est mise à l\’épreuve à la lecture du com de mon  amie Valérie " Gazelle" touché au coeur encore une fois .
    Il semblerait que j\’arrive encore à me rendre utile sur cette terre , ça c\’est tres important pour moi .
    Amitié à bientôt bisous

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