Archive | mars 2008

AU REVOIR……

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Chroniques d’une vie, Suite n° IV

 

 

  Jean Moulin

Jean MOULIN

 

En cette année 1943 qui vit la fondation du MUR, Mouvement Uni de la Résistance, par Jean Moulin, elle vit aussi la défaite allemande à Stalingrad, et les derniers soldats allemands se rendront en février. 90.000 allemands mourront de froid et de faim au cours du siège de Stalingrad.
Par ailleurs à Varsovie, en Pologne, 60.000 juifs qui subsistaient encore dans le ghetto, se soulèverent contre les SS nazis qui avaient reçu d’Hitler l’ordre de les exterminer. Leur combat désespéré durera jusqu’au 16 mai, 7000 juifs mourront les armes à la main, les autres seront dirigés vers les camps d’extermination.

 

En France, le 19 Mai 1943, Jeanne perdra sa petite dernière……
Indépendamment des drames de la guerre, les familles vivaient leurs propres drames, liés à la maladie, à l’absence de médicaments capables d’enrayer les épidémies de grippes ou de maladies pulmonaires.

 

Jeanne qui habite dans un secteur où se trouvent les usines d’armement est réveillée chaque nuit par les bombardements. Elle est si fatiguée par ses grossesses successives et ses drames personnels que le bruit ne la réveille pas. C’est Jean qui la secoue au beau milieu de la nuit, afin qu’ils se rendent sur leurs vélos, dans les abris. Jean a son aîné sur les épaules, le second sur le porte-bagages, et Jeanne, le petit dernier 3 ans, accroché à sa taille.

 

Jean Moulin sera arrêté le 21 juin. Il sera identifié par Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, comme le président du Conseil national de résistance. Transféré par les Allemands à Paris, il sera torturé et mourra le 8 juillet 1943 dans le train qui l’amenait en Allemagne.

 

L’été sera de nouveau torride, plus de 37°, pratiquement sur toute la France on relèvera les températures suivante : on relève 40° à Mont-de-Marsan (Landes), 39° à Vichy, 38° à Lyon et Nantes, 37° à Moulins, 36° à Angoulême et 35° à Chartres.

Le 4 Octobre, la Corse sera le 1er département français à être libéré.

 

L’hiver arrivera, pas exceptionnel, mais froid. La neige sera fréquente, surtout dans l’Est, mais les températures ne descendent pas en dessous de – 10.

Dans le courant du mois d’avril c’est le début des bombardements massifs sur les villes allemandes.

Le printemps sera caractérisé par une longue sécheresse qui deviendra exceptionnelle à la fin de mai car les températures atteindront  des niveaux record pour la saison sur toutes les régions du Nord.

Le 6 juin les alliés débarqueront en Normandie, mais le 10 juin aura lieu le massacre par les SS des habitants d’Oradour sur Glane. En juillet le maquis du Vercors est anéantis. Les alliés ont débarqué en Provence le 15 Août et le 25 août Paris sera libéré.

 

A ce moment là, les températures dépassent 30° sur toute la France plus d’une semaine durant.

 

Le 6 Septembre la ville de Bourges est libérée, et c’est le 7 que j’ai choisi pour libérer ma mère. Je suis venue au monde avec toute la vigueur de mes 4 kg. J’avais du lui prendre toutes ses réserves, car les privations de nourriture l’avait laissée décharnée. Pour la première fois elle avait accouché sans douleur. Elle avait supposé que de courir presque toutes les nuits pendant les alertes, cela lui avait préparé l’accouchement.

 

Lorsque du haut de mes 1 mois et demi la coqueluche faillit m’emporter, je fis passer à ma mère toutes les affres de l’inquiétude. J’étais la 3ème fille, mais la première en vie, elle trembla chaque fois que j’avais un brin de fièvre. Mon frère le benjamin me prit pour le précédent bébé, revenu des limbes. J’ai donc hérité des prénoms des deux sœurs décédées, c’est lourd à porter, il me faudra lutter pour rester en vie.

Mon père était fou de moi, je riais toujours, j’étais une petite fille pleine de vie et agréablement entourée affectivement, mes frères me couvaient, j’étais comme un miracle ! Je me suis longtemps souvenue de ce grand gaillard qui me prenait dans ses bras en m’appelant sa « nénette », et qu’affectueusement je lui rendais en l’appelant mon « néné » et j’ai entretenu le souvenir du souvenir. Je n’ai par contre aucun souvenir de scènes de mes parents à ce moment là, mais je revois cette cour où maman allait chercher l’eau au puits l’hiver, car il faisait trop froid pour aller frotter le linge au lavoir. J’ai dans le fond de ma mémoire une chambre dépouillée et un petit lit où se trouvait un bébé qui pleurait. J’appris plus tard que c’était ma petite sœur. J’ai été mise à l’école à l’âge de 2 ans. Ma sœur était née un mois avant mes 2 ans et avec le recul, je pense que ma pauvre maman, avec le travail donné par ses trois garnements et 2 petits bouchons, avait besoin de profiter un peu de ce dernier bébé, pas désiré le moins du monde. C’est à ce moment là qu’elle a pris pleine conscience qu’elle n’était qu’une reproductrice et elle prit la décision de ne plus partager le lit conjugal.

Il faut dire que mon père n’était pas que buveur, mais également coureur invétéré.

De cette courte vie jusqu’à l’âge de 3 ans, j’ai quelques images dont certaines ne sont pas très agréables mais qui ne concernent pas ma famille, je les ai longtemps occultées, elles me sont revenues un jour en pleine figure lors d’un fait divers à l’âge de 15 ans, ça fera peut-être un jour l’objet d’une chronique.

Pour en revenir à mes parents, c’est en interrogeant maman sur mes souvenirs que j’eus des détails sur la mort de mon père.

Je me souviens d’un véhicule ambulance dans la cour qui venait chercher mon père, et un Monsieur habillé en marin (mon cousin germain) qui accompagnait mon père à l’hôpital.

Petite fille, quand on n’avait pas de père, c’était suspect, on n’était pas des gens normaux, tous les enfants avaient un père, sauf ceux qui avaient perdu le leur à la guerre, mais ce n’était pas mon cas.

Mon père après les bombardements de l’usine qui l’employait, avait repris le métier de bûcheron où il excellait, et, en dehors de ce qu’on pouvait lui reprocher sur sa vie personnelle, c’était un homme vaillant et courageux qui n’avait jamais reculé devant l’ouvrage.

En avril 1947 il y avait eu la canicule et l’été fut saharien, dans ces chaleurs il y eut des orages et mon père qui ne craignait jamais rien prit un chaud et froid. La santé ruinée par l’alcool alors qu’il était taillé pour vivre centenaire, il contracta une pleurésie, qui, faute d’être soignée immédiatement car il ne s’était pas soigné assez tôt, devint purulente. La pénicilline bien qu’utilisée à titre expérimentale depuis 1941 son emploi ne s’était pas encore généralisé, mon père s’est éteint le 25 Juillet 1947, laissant maman dans le plus grand dénuement.

 

A suivre pour le dernier épisode…….

Daniela

 

 

 

Chronique d’une vie – Suite III

Jean - Jeanne les 2 garçons, avril 1940

Jean – Jeanne et les 2 garçons, le 3ème en route, avril 1940.

 

 

En 1941, la guerre continue de battre son plein, en mai le cuirassé allemand « Bismarck » coula le croiseur d’HSM Hood, orgueil de la Royale Navy dans l’Atlantique Nord, 1400 marins périrent, ce qui déchancha une alerte de l’amirauté britannique qui ordonna à tous ses navires de trouver et couler le Bismarck. Trois jours plus tard le Bismarck était torpillé au large de Brest par des croiseurs britanniques emportant 1800 personnes avec lui.

 

Loin de ces événements, Jeanne et sa famille étaient revenues au bercail, elle est de nouveau enceinte, elle attend son 4ème enfant. Les privations, la vie dissolue de son époux la laminent, il faut qu’elle tienne pour ses petits.

 

Jeanne et ses 3 garçons.

 

Jeanne et ses 3 garçons

 

Chaque soir Jean rentre après avoir écumé les bistrots avec les copains, ce qui entraîne immanquablement des scènes de ménage, les trois/quarts du budget sont transformés en beuveries. Un soir où elle lui reprochait violemment de boire au détriment de leur confort, il lui répondit qu’elle n’était qu’une enfant gâtée, et que si elle regardait au-dessous d’elle plutôt qu’au-dessus, elle serait moins exigeante ! Ce à quoi elle répondit que sous elle, il n’y avait rien !

Cette année 1942, après une vague de froid en début d’année, se poursuivant par à coups, l’été fut orageux, août connut des pluies de grêlons sans précédent. Le 14 août sera signée la charte de l’Atlantique entre Franklin Roosevelt président des USA et le 1er Ministre Britannique Winston Churchill. (Cette charte sera à l’origine de celle des Nations Unies signée en 1945)  puis 5 jours après, il y eut la tentative de débarquement des troupes alliés (canadiens anglais et américains) sur les plages de Dieppe, qui se termina par un terrible échec, les allemands ayant repéré la flotte mitrailleront et bombarderont la plage sans répit, 4000 hommes seront tués, blessés ou fait prisonniers. Ce raid était destiné à tester les défenses allemandes et préparer un débarquement de masse, les alliés en ont tiré toutes les conséquences.

Le même jour, Jeanne met au monde son 5ème enfant (4ème vivant). Après 3 garçons, une petite fille voit le jour. Il faudra attendre quelques mois pour constater que ses yeux sont aussi bleus que ceux de Ferdinand son grand-père. C’est une belle petite fille, vigoureuse et gaie, le benjamin des garçons 2 ans, est en admiration devant elle, il veut toujours embrasser sa petite sœur, la cajoler, il suit sa mère partout avec le bébé.

En ce mois de février 1943, il fait presque chaud, notamment sur la moitié nord où l’on dépasse souvent les 20°. De février à mars, le temps sera extrêmement sec, pas une seule goutte d’eau à Paris. L’hiver 1942-1943 sera le plus doux depuis celui de 1936-1937. Il n’y a pratiquement aucune chute de neige entre janvier et mars. Le mois d’avril sera encore plus chaud que l’année précédente.

Au début du mois d’avril, Jeanne voit son petit garçon très malade, il a attrapé une bronchopneumonie ; bien que maigrichon, il est vigoureux, et, après une hospitalisation et des soins constants, il retrouve peu à peu la santé. La petite sœur qui a 8 mois, à son tour contracte la maladie. Elle n’aura pas les ressources de son frère et à la mi-mai au moment où une nouvelle vague de chaleur sévit sur le pays, la petite poussera son dernier soupir. C’en est trop pour Jeanne qui hurlera si fort sa détresse, qu’elle fit peur à ses voisins. Le sort s’acharne sur elle…..

A suivre…

Daniela.

Chronique d’une vie, Suite II

 

 

 

Jeanne et Jean, tout à leur bonheur, ne mesurent immédiatement pas le poids de leur décision. Jean a terminé son engagement avec la marine, il lui faut prendre ses nouvelles responsabilités, il rentre donc dans la gendarmerie. Dans le courant de l’automne, en patrouillant avec ses collègues, il avise le véhicule de son beau-père garé sur le pont du Cher à un endroit pas trop autorisé, il se paiera le luxe de le verbaliser, petite consolation pour ce qu’il fait endurer à sa fille.

Heureusement, les parents de Jean les hébergent à la ferme, il y a de la place maintenant, les aînés sont partis depuis longtemps. Jeanne est fatiguée, elle ne peut guère aider à la ferme, elle s’est mal remise de ses maladies de l’hiver passé, de plus, la vie n’a pas attendu, elle est enceinte. Cette grossesse sera pénible !

Après 10 mois de mariage, en mars 1936 elle donne naissance à une petite Christiane. La pauvrette a eu un accouchement terrible, toute une nuit à pousser pour sortir un bébé qui était trop faible pour l’aider, elle n’avait pas pu se retourner dans le ventre de sa mère et son épaule seule s’était engagée. Après 15 heures de travail c’est un petit bout de 1.900 kg qui est venu au monde, tout cyanosé et glacé. La petite fille fut placée dans de la ouate, les couveuses n’existaient pas ! Jeanne avait tellement hurlé qu’elle n’avait plus de voix ni de force et ne pensait même pas à ce petit bout qui luttait pour rester en vie, elle était épuisée. La petite fille née avec, comme on l’appelait à l’époque, « la maladie bleue », est décédée 8 jours après.

C’est à ce moment là que Jeanne a réagi, tant de souffrances pour perdre ce petit être, elle était inconsolable et sa mère n’était pas près d’elle pour la soutenir, Ferdinand tenait bon, sa fille n’existait plus pour lui.

Marie-Mélanie qui avait déjà subi 2 opérations est de nouveau tombée malade, mais malgré les interdictions du père, grâce à la complicité de ses sœurs elle pourra aller embrasser sa mère en cachette pour la dernière fois, elle s’éteint à 53 ans d’un cancer qui s’était généralisé.

De nouveau, Jeanne est enceinte, elle croit devenir folle, elle a encore à l’esprit ces pénibles moments suivis de la perte de son enfant ; elle a 20 ans, elle craint que le sort ne s’acharne sur elle, mais tout juste un an après, en mars 1937, elle mettra au monde un beau garçon de 4 kg, vigoureux et plein de santé. Jusqu’à ces années où ils vécurent chez les beaux-parents, la vie leur fut douce, mais à la naissance du second, Jean avait du quitter la gendarmerie à cause de son indiscipline et son nouveau travail le faisait aller dans la grande ville, ils durent donc déménager et se chercher un logement.

Ils se retrouvèrent dans une maison que l’on qualifierait aujourd’hui de taudis, un ancien corps de ferme composé d’une muraille à l’entrée, sur la droite d’anciennes granges, sur la gauche un logement occupé par une famille, leur maison tout en bas de la grande cour carrée. Pour aller puiser l’eau l’hiver, il fallait que Jeanne brave le verglas.

En janvier 1939 elle accouche de son 2ème garçon, Le temps était particulièrement doux pour la saison, un air printanier avait envahit les régions du sud-ouest le thermomètre avait affiché 23° à Biarritz, 22° à Pau et 17° jusqu’à Bourges.
Jean travaillait à l’usine pas loin, mais le soir, pour éviter d’entendre brailler sa marmaille, il allait retrouver les copains et ne rentrait à la maison que lorsqu’il était ivre mort. Jeanne espérait encore que son amour le changerait, qu’il lui fallait être patiente…

Le 1er Septembre 1939, l’Allemagne attaque et envahit la Pologne sans déclaration de guerre. Le 3 septembre suivant, la France, ainsi que la Grande-Bretagne, déclarent la guerre à l’Allemagne.
Dans le courant du mois d’octobre une vague de chaleur exceptionnelle se produisit un peu partout. Les températures atteignirent à peu près les niveaux de 1934 où une situation semblable s’était produite, il faisait généralement plus de 25° et jusqu’à 27° à Strasbourg et Orléans, 28° à Paris, et 30° à Bergerac. Cette chaleur très précoce provoqua une fonte des neiges prématurée en haute montagne et des avalanches ainsi que des coulées de boue meurtrières dans les Alpes et les Pyrénées.

Outre Atlantique, aux USA, le 14 décembre 1939, c’était la Première du film « aUTANT EN EMPORTE LE VENT ».


Ce film deviendra très vite un monument du cinéma hollywoodien et donc international.

Mais en France, avec la guerre, les privations sont arrivées. Décembre 1940, le lendemain de Noël vit naître le 3ème garçon. Jeanne était épuisée par ces grossesses fréquentes, son bébé n’arrêtait pas de pleurer, il réclamait un lait qu’elle n’avait pas en suffisance, faute de nourriture, puis Jean fut réquisitionné par les Allemands en qualité de « prisonnier sur parole ». Il fut assigné en Bretagne Sud avec sa famille où toute la famille le suivit.

 

A suivre….

Daniela

Chronique d’une vie, suite I

 

 

Cette année 1934 fut riche en événements, il y eu en février de cette année là, une manifestation Place de la Concorde à Paris contre le gouvernement Daladier par les représentants de l’extrême droite qui l’accusait de corruption et contre les scandales politico financiers, notamment l’affaire Stavisky, où la police débordée tira sur la foule, il y eu 15 morts et de nombreux blessés, ce fut ensuite en juin celle qui fut appelée « la Nuit des longs couteaux » , lorsqu’Hitler fit éliminer les chefs de section d’assaut de Ernst Röhm (formation paramilitaire nazie) qui fut pourtant un instrument efficace pour son accession au pouvoir.

En cet automne qui suivit ces événements, Jeanne était loin de ces préoccupations. Elle préparait avec amour le panier picnique destiné aux saisonniers, dont l’un d’eux avait transformé sa vie. Elle était amoureuse ! Il lui fallait cacher soigneusement cet amour car Ferdinand son père l’avait bien mise en garde contre ce « voyou », ce briseur de cœurs, ce coureur de femelles, ce noceur à tout va, il n’était pas sérieux, c’était bien un marin, une fille dans chaque port……

Allez donc raconter ça à une jeune fille qui pense que l’AMOUR, celui avec le grand « A » peut sauver l’homme perdu. Bien évidemment, Jean avait été immédiatement séduit par cette brunette pulpeuse qui avait un sourire à damner un saint et un corps dont les formes appelaient le regard masculin. Et lorsqu’à l’heure de la pause, elle apportait la charcutaille, la ration de vin et de fromage, les fruits du verger, tous les regards étaient portés sur elle.

L’été avait été chaud et sec, les températures étaient de 37° un peu partout en France et les cours d’eau avaient atteint leur niveau le plus bas. En septembre, la canicule sévissait toujours, aussi, Jeanne était vêtue d’une robe printanière, légèrement vaporeuse, qui laissait deviner ses courbes harmonieuses. Elle confectionnait elle-même ses tenues, les 3 sœurs s’entr’aidaient  et s’habillaient de la même façon, même Hélène qui venait régulièrement à la ferme.

Chacun des ouvriers lui disait un mot gentil ou une blague, mais restait sur le ton de l’amitié, Ferdinand n’était pas loin. Il avait beau la surveiller Ferdinand, les amoureux surent trouver les moments de connivence, leur idylle se fit envers et contre lui, notamment lorsque venait le dimanche et que Jeanne allait visiter sa sœur Hélène. Les rencontres se firent fréquentes mais Ferdinand, devant les yeux brillants de sa fille devint soupçonneux. Il n’était pas sot Ferdinand, il connaissait les roueries amoureuses, aussi, lorsqu’il prit sur le fait sa fille dans les bras du brigand, tendrement enlacée, il prit un premier coup de sang. Il somma Jeanne de rompre et rendit visite aux parents de Jean qu’il respectait, car c’étaient de braves gens, honnêtes, mais qui avaient eu la malchance de mettre au monde ce garçon 15 ans après les autres, quand cette pauvre Marie se croyait ménopausée. Il avait été difficile leur Jean, pas méchant, ni voyou comme le disait Ferdinand, mais pas docile. Il s’était engagé dans la marine à 16 ans, avait fait son école sur le « Jeanne d’Arc », mais son indocilité l’avait fait dégrader plusieurs fois, il ne supportait pas l’injustice, et donc il avait boxé quelques nez à plus gradés que lui, ça ne lui avait pas porté chance.

La fin de la saison arriva, Jeanne était fébrile, elle usait de subterfuges pour retrouver son amoureux, puis tomba gravement malade, après une pneumonie elle contracta une méningite qui la laissa dans le coma, puis elle se remit lentement.

Devant l’entêtement de sa fille, la crainte qu’il venait de la voir perdue, il consentit à la donner en mariage à Jean le 14 mai de l’année suivante, mais lui dit :

« Tu prends ce vaurien pour mari, mais tu es bannie de la maison, je te renie ».

Il n’est allé au mariage que pour y consentir, et refusa l’accès de la propriété à sa fille.

A Suivre……..

Daniela.

Chroniques d’une vie. Dans les années « 30 »

 

  Jeanne

Jeanne, des trois sœurs, elle était la cadette. L’aînée Hélène, était une grande gigue d’un mètre soixante douze, brune aux yeux de velours noirs, elle avait un caractère volontaire et, afin de quitter la ferme familiale et le joug d’un père autoritaire, elle s’était mariée à 15 ans et 3 mois (âge légal du mariage pour les filles ), à un beau paysan dont elle s’était amourachée.

La plus jeune, Alexandrine, était d’une beauté racée, taille moyenne, 1.66 m, mince, le port altier, les yeux  « noisette », elle était un plus timide, rêveuse à souhait. Elle avait été demandée par un homme de 10 ans son aîné, il était grand pour l’époque, 1.80 m environ, blond, de beaux yeux bleu, du haut de ses 16 ans, elle avait dit OUI.

Jeanne, la cadette, petite préférée du papa, ne voulait pas quitter la douceur familiale. Elle avait appris comme toute jeune fille de bonne famille, la lingerie, et elle brodait, tricottait et cousait avec des doigts de fée.

C’était une petite brunette d’1.58 m, de grands yeux bruns ourlés de cils épais, pulpeuse comme une latine, souriante et gaie à souhait. Elle ne participait pas aux travaux de la ferme familiale, excepté pour la basse-cour, c’était Alexandrine qui aidait sa mère à la cuisine. Hélène était déjà mariée, il ne restait plus que les deux filles et Jean qui rentrait chaque soir de l’usine car il ne voulait pas prendre la suite de son père.

Ferdinand (le père) était levé à 5 h, pendant l’hiver, il allait d’abord donner le foin au bétail dans les étables, puis partait à l’usine pour 7 h, Marie-Mélanie, son épouse, conduirait le bétail au pré un peu plus tard.

Cette année-là, Jeanne venait d’avoir 17 ans, c’était l’effervescence à la fin de l’été. Les moissons étaient terminées, mais il y avait encore le bois à couper. Chaque année, une coupe était destinée à être vendue, l’autre coupe à chauffer la maison pour l’hiver. Il fallait embaucher des saisonniers. A cette époque, les tronçonneuses n’existaient pas, le carburant était l’huile de coude, et la musculature des hommes n’était pas due à des séances de body building. Ferdinand a donc embauché une équipe, comme chaque année.

Il connaissait bien le Grand Jean, il n’avait pas bonne réputation, c’était un bagarreur, un fêtard, un coureur de filles, mais c’était une « armoire », un « costaud », il abattait plus d’arbres à lui seul que 2 hommes. Après mûre réflexion, il se dit que le gars était en permission pour 2 mois, il ne resterait pas longtemps, le danger n’était pas si grand, et puis, il serait vigilant.

Le pauvre Ferdinand, il venait de mettre le loup dans la bergerie………..

 

Le Grand Jean

 

A suivre….

Daniela.

Tout bascule….

Stéphane avançait lestement, sa charge sur le dos, en prenant bien soin d’éviter les routes beaucoup trop fréquentées à son goût. Dans son paquetage il avait réuni le minimum vital pour lui : sa brosse à dents, un savon de Marseille, un carré de serviette éponge, quelques sous-vêtements et son anorak. Il savait qu’il allait traverser la montagne, comme ces pèlerins en d’autres temps qui suivaient le chemin de Compostelle, mais son but n’était pas guidé par la foi. Il voulait disparaître, disparaître à jamais, laissant derrière lui appartement, voiture, travail…. Il voulait se fondre dans la nature, ne plus exister.

C’était un jeune cadre, 30 ans, marié depuis cinq ans, pas d’enfant, son ambition ne lui permettait pas les entraves de ce genre. Son épouse, Florence, 28 ans, jeune avocate en devenir ne voulait pas non plus handicaper son ambition par une grossesse qui viendrait perturber un avenir professionnel en ascension, la vie lui avait été difficile, de famille très modeste,  elle avait du surmonter les difficultés pour  arriver à sa position, mais elle ne s’en arrêterait pas là, ils verraient plus tard !

Tous les deux formaient le couple idéal, admirés mais également enviés par leurs amis, tout leur souriait !

Florence travaillait sur un dossier qui devait consacrer sa carrière, elle était partie civile dans une sombre affaire de pédophilie où la drogue n’était pas non plus étrangère et des personnages « haut placés » paraissaient compromis.

Ce matin là, elle devait se rendre au palais pour rencontrer le juge chargé avec elle du fameux dossier. Elle prit donc le chemin de son bureau pour faire le point avec son secrétariat de l’affaire en instance.

Arrivée dans le petit immeuble en cours de restauration, elle négligea l’ascenseur momentanément en « panne technique » et prit les escaliers.

C’était une vieille construction que la ville avait décidé de réhabiliter, mais n’avait pas encore mis à disposition les bureaux de remplacement pour les activités y séjournant. Il y avait des échafaudages un peu partout, elle dut contourner les obstacles pour arriver enfin au 3ème étage où se trouvaient les appartements à usage de bureau, le premier étage et le rez-de-chaussée étant destinés à l’habitation.

Au rez-de-chaussée, dans l’un des appartements, vivait une famille squatteuse sur laquelle la mairie avait jusque là fermé les yeux, n’ayant pas fait aboutir la demande de logement social. Ils ne nuisaient à personne et après tout, l’immeuble serait bientôt réhabilité, les loyers augmentés pour rentabiliser les frais.

Au dehors le bruit des marteau-piqueurs assourdissait les riverains. La pelleteuse venait de partir après avoir préparé les tranchées pour l’entretien des divers réseaux.

Florence arrive à la porte de son bureau, tout en pestant contre le bruit et la poussière. Elle sent une drôle d’odeur, comme celle du gaz, mais depuis le début des travaux, l’immeuble sent toujours mauvais. Sa secrétaire a préparé les dossiers, lui laissant un mot car elle est sortie, elle devait se rendre à une réunion parentale pour faire le point du premier trimestre de sa petite. Florence sourit !

A l’étage en dessous, Nadia vient de rentrer, elle fait des ménages dans les bureaux la nuit, elle est fourbue. Elle trouve qu’aujourd’hui ça sent un peu plus mauvais que d’habitude, mais elle est tellement fatiguée…. Elle accroche sa veste au portemanteau, se prépare un café bien fort et sort son paquet de cigarettes.

L’explosion a détruit l’immeuble, le feu s’est propagé, la canalisation de gaz au dehors avait été touchée par la pelleteuse, le gaz avait investi l’appartement de Nadia.

Florence a été retrouvée sous les décombres, son dossier dans les bras, elle avait été tuée sur le coup !

Stéphane a reçu la nouvelle sur les lieux de son travail, il est anéanti, sa vie n’a plus aucun sens. Il accompagnera Florence à sa dernière demeure avant de tout plaquer.

Il continue imperturbablement son chemin, il n’a plus goût à rien, il part droit devant, sans but, voilà déjà des semaines qu’il a laissé l’Ile de France, son baluchon à la main, il ne pense pas à demain. Il est vide de tout, l’effort est son seul réconfort, la douleur ne le quitte pas. De temps en temps il croise un chien, même un humain, mais il passe son chemin ruminant son chagrin.

 

Daniela