Tout bascule….

Stéphane avançait lestement, sa charge sur le dos, en prenant bien soin d’éviter les routes beaucoup trop fréquentées à son goût. Dans son paquetage il avait réuni le minimum vital pour lui : sa brosse à dents, un savon de Marseille, un carré de serviette éponge, quelques sous-vêtements et son anorak. Il savait qu’il allait traverser la montagne, comme ces pèlerins en d’autres temps qui suivaient le chemin de Compostelle, mais son but n’était pas guidé par la foi. Il voulait disparaître, disparaître à jamais, laissant derrière lui appartement, voiture, travail…. Il voulait se fondre dans la nature, ne plus exister.

C’était un jeune cadre, 30 ans, marié depuis cinq ans, pas d’enfant, son ambition ne lui permettait pas les entraves de ce genre. Son épouse, Florence, 28 ans, jeune avocate en devenir ne voulait pas non plus handicaper son ambition par une grossesse qui viendrait perturber un avenir professionnel en ascension, la vie lui avait été difficile, de famille très modeste,  elle avait du surmonter les difficultés pour  arriver à sa position, mais elle ne s’en arrêterait pas là, ils verraient plus tard !

Tous les deux formaient le couple idéal, admirés mais également enviés par leurs amis, tout leur souriait !

Florence travaillait sur un dossier qui devait consacrer sa carrière, elle était partie civile dans une sombre affaire de pédophilie où la drogue n’était pas non plus étrangère et des personnages « haut placés » paraissaient compromis.

Ce matin là, elle devait se rendre au palais pour rencontrer le juge chargé avec elle du fameux dossier. Elle prit donc le chemin de son bureau pour faire le point avec son secrétariat de l’affaire en instance.

Arrivée dans le petit immeuble en cours de restauration, elle négligea l’ascenseur momentanément en « panne technique » et prit les escaliers.

C’était une vieille construction que la ville avait décidé de réhabiliter, mais n’avait pas encore mis à disposition les bureaux de remplacement pour les activités y séjournant. Il y avait des échafaudages un peu partout, elle dut contourner les obstacles pour arriver enfin au 3ème étage où se trouvaient les appartements à usage de bureau, le premier étage et le rez-de-chaussée étant destinés à l’habitation.

Au rez-de-chaussée, dans l’un des appartements, vivait une famille squatteuse sur laquelle la mairie avait jusque là fermé les yeux, n’ayant pas fait aboutir la demande de logement social. Ils ne nuisaient à personne et après tout, l’immeuble serait bientôt réhabilité, les loyers augmentés pour rentabiliser les frais.

Au dehors le bruit des marteau-piqueurs assourdissait les riverains. La pelleteuse venait de partir après avoir préparé les tranchées pour l’entretien des divers réseaux.

Florence arrive à la porte de son bureau, tout en pestant contre le bruit et la poussière. Elle sent une drôle d’odeur, comme celle du gaz, mais depuis le début des travaux, l’immeuble sent toujours mauvais. Sa secrétaire a préparé les dossiers, lui laissant un mot car elle est sortie, elle devait se rendre à une réunion parentale pour faire le point du premier trimestre de sa petite. Florence sourit !

A l’étage en dessous, Nadia vient de rentrer, elle fait des ménages dans les bureaux la nuit, elle est fourbue. Elle trouve qu’aujourd’hui ça sent un peu plus mauvais que d’habitude, mais elle est tellement fatiguée…. Elle accroche sa veste au portemanteau, se prépare un café bien fort et sort son paquet de cigarettes.

L’explosion a détruit l’immeuble, le feu s’est propagé, la canalisation de gaz au dehors avait été touchée par la pelleteuse, le gaz avait investi l’appartement de Nadia.

Florence a été retrouvée sous les décombres, son dossier dans les bras, elle avait été tuée sur le coup !

Stéphane a reçu la nouvelle sur les lieux de son travail, il est anéanti, sa vie n’a plus aucun sens. Il accompagnera Florence à sa dernière demeure avant de tout plaquer.

Il continue imperturbablement son chemin, il n’a plus goût à rien, il part droit devant, sans but, voilà déjà des semaines qu’il a laissé l’Ile de France, son baluchon à la main, il ne pense pas à demain. Il est vide de tout, l’effort est son seul réconfort, la douleur ne le quitte pas. De temps en temps il croise un chien, même un humain, mais il passe son chemin ruminant son chagrin.

 

Daniela    

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5 réflexions sur “Tout bascule….

  1.    Après la lecture de ce texte, mes doigts sont tétanisés et les mots me manquent subitement…Je pense à cet homme dont le coeur a brûlé dans cet explosion de douleurs.

  2. bonsoir daniela,
    oui la vie est bien souvent injuste !!!
    et j\’ai tjrs eu peur du gaz !!!
    j\’ai vu ce qui restait de l\’immeuble à mulhouse, après l\’explosion , autour de noel, il y a quelques années…
    juste des miettes !!! le destin est souvent cruel !!!
    oui j\’aime bien ces petites histoires simples de maupassant, sans prise de tête , et puis j\’y retrouve bien les moeurs de normandie !!! bisous et bon dodo !!!! tu racontes bien les histoires !!!

  3. ç\’aurait malheureusement pu ne pas faire partie de la rubrique fiction…les accidents par fuite de gaz , on en entend parler trop souvent à mon goût ..comme celui qui a coûté la vie à ce jeune pompier , à Lyon récemment …
     
    Bon dimanche à toi DAniela et accroche toi aux branches pour ne pas t\’envoler !! Bizzz

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