Chronique d’une vie, Suite II

 

 

 

Jeanne et Jean, tout à leur bonheur, ne mesurent immédiatement pas le poids de leur décision. Jean a terminé son engagement avec la marine, il lui faut prendre ses nouvelles responsabilités, il rentre donc dans la gendarmerie. Dans le courant de l’automne, en patrouillant avec ses collègues, il avise le véhicule de son beau-père garé sur le pont du Cher à un endroit pas trop autorisé, il se paiera le luxe de le verbaliser, petite consolation pour ce qu’il fait endurer à sa fille.

Heureusement, les parents de Jean les hébergent à la ferme, il y a de la place maintenant, les aînés sont partis depuis longtemps. Jeanne est fatiguée, elle ne peut guère aider à la ferme, elle s’est mal remise de ses maladies de l’hiver passé, de plus, la vie n’a pas attendu, elle est enceinte. Cette grossesse sera pénible !

Après 10 mois de mariage, en mars 1936 elle donne naissance à une petite Christiane. La pauvrette a eu un accouchement terrible, toute une nuit à pousser pour sortir un bébé qui était trop faible pour l’aider, elle n’avait pas pu se retourner dans le ventre de sa mère et son épaule seule s’était engagée. Après 15 heures de travail c’est un petit bout de 1.900 kg qui est venu au monde, tout cyanosé et glacé. La petite fille fut placée dans de la ouate, les couveuses n’existaient pas ! Jeanne avait tellement hurlé qu’elle n’avait plus de voix ni de force et ne pensait même pas à ce petit bout qui luttait pour rester en vie, elle était épuisée. La petite fille née avec, comme on l’appelait à l’époque, « la maladie bleue », est décédée 8 jours après.

C’est à ce moment là que Jeanne a réagi, tant de souffrances pour perdre ce petit être, elle était inconsolable et sa mère n’était pas près d’elle pour la soutenir, Ferdinand tenait bon, sa fille n’existait plus pour lui.

Marie-Mélanie qui avait déjà subi 2 opérations est de nouveau tombée malade, mais malgré les interdictions du père, grâce à la complicité de ses sœurs elle pourra aller embrasser sa mère en cachette pour la dernière fois, elle s’éteint à 53 ans d’un cancer qui s’était généralisé.

De nouveau, Jeanne est enceinte, elle croit devenir folle, elle a encore à l’esprit ces pénibles moments suivis de la perte de son enfant ; elle a 20 ans, elle craint que le sort ne s’acharne sur elle, mais tout juste un an après, en mars 1937, elle mettra au monde un beau garçon de 4 kg, vigoureux et plein de santé. Jusqu’à ces années où ils vécurent chez les beaux-parents, la vie leur fut douce, mais à la naissance du second, Jean avait du quitter la gendarmerie à cause de son indiscipline et son nouveau travail le faisait aller dans la grande ville, ils durent donc déménager et se chercher un logement.

Ils se retrouvèrent dans une maison que l’on qualifierait aujourd’hui de taudis, un ancien corps de ferme composé d’une muraille à l’entrée, sur la droite d’anciennes granges, sur la gauche un logement occupé par une famille, leur maison tout en bas de la grande cour carrée. Pour aller puiser l’eau l’hiver, il fallait que Jeanne brave le verglas.

En janvier 1939 elle accouche de son 2ème garçon, Le temps était particulièrement doux pour la saison, un air printanier avait envahit les régions du sud-ouest le thermomètre avait affiché 23° à Biarritz, 22° à Pau et 17° jusqu’à Bourges.
Jean travaillait à l’usine pas loin, mais le soir, pour éviter d’entendre brailler sa marmaille, il allait retrouver les copains et ne rentrait à la maison que lorsqu’il était ivre mort. Jeanne espérait encore que son amour le changerait, qu’il lui fallait être patiente…

Le 1er Septembre 1939, l’Allemagne attaque et envahit la Pologne sans déclaration de guerre. Le 3 septembre suivant, la France, ainsi que la Grande-Bretagne, déclarent la guerre à l’Allemagne.
Dans le courant du mois d’octobre une vague de chaleur exceptionnelle se produisit un peu partout. Les températures atteignirent à peu près les niveaux de 1934 où une situation semblable s’était produite, il faisait généralement plus de 25° et jusqu’à 27° à Strasbourg et Orléans, 28° à Paris, et 30° à Bergerac. Cette chaleur très précoce provoqua une fonte des neiges prématurée en haute montagne et des avalanches ainsi que des coulées de boue meurtrières dans les Alpes et les Pyrénées.

Outre Atlantique, aux USA, le 14 décembre 1939, c’était la Première du film « aUTANT EN EMPORTE LE VENT ».


Ce film deviendra très vite un monument du cinéma hollywoodien et donc international.

Mais en France, avec la guerre, les privations sont arrivées. Décembre 1940, le lendemain de Noël vit naître le 3ème garçon. Jeanne était épuisée par ces grossesses fréquentes, son bébé n’arrêtait pas de pleurer, il réclamait un lait qu’elle n’avait pas en suffisance, faute de nourriture, puis Jean fut réquisitionné par les Allemands en qualité de « prisonnier sur parole ». Il fut assigné en Bretagne Sud avec sa famille où toute la famille le suivit.

 

A suivre….

Daniela

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3 réflexions sur “Chronique d’une vie, Suite II

  1. mais c\’est zola ton histoire !!!
    la maladie bleue, en alsace, on appelait "la toux bleue" la coqueluche, et quand les bébés ont trop de fièvre
    par ex quand ils font leurs dents, ils deviennent tout bleus aussi !!! c\’est étrange tout de même tout ce bleu !!! et pourtant quelle belle couleur que le bleu !!!
    oui tu as raison, dans la vie on a souvent le choix entre deux solutions en même temps, et on ne fait pas forcément toujours le bon choix !!! mon mari est bêlier et il fonce lui mais suis verseau, et donc je préfère bien réfléchir avant de prendre ma décision !!! à chacun, son caractère !!!
    je te souhaite de bonnes fêtes de pâques daniela, t\’envoye des bises d\’alsace où il fait froid actuellement, il neigeote même entre les rayons de soleil, vrai temps changeant de mars… et vive le printemps !!!

  2. Non Myoso, ce n\’était pas la coqueluche, mais les 2 ventricules du coeur qui correspondaient ensemble et le sang neuf se mélangeait au sang vicié, les enfants vivaient au plus tard jusqu\’à l\’âge de 6 ans dans le meilleur des cas, la petite soeur d\’une copine d\’école est morte de ça, ça m\’avait marquée.
    Bonne journée,
    Daniela

  3.  Bonjour mon amie,
     
    Je viens  te souhaiter de très  ~~~JOYEUSES PÂQUES ~~~
    du soleil  et du bonheur plein  ton coeur.
     

     
    Amitiés, Flo-Ray

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