Chroniques d’une vie, Suite n° IV

 

 

  Jean Moulin

Jean MOULIN

 

En cette année 1943 qui vit la fondation du MUR, Mouvement Uni de la Résistance, par Jean Moulin, elle vit aussi la défaite allemande à Stalingrad, et les derniers soldats allemands se rendront en février. 90.000 allemands mourront de froid et de faim au cours du siège de Stalingrad.
Par ailleurs à Varsovie, en Pologne, 60.000 juifs qui subsistaient encore dans le ghetto, se soulèverent contre les SS nazis qui avaient reçu d’Hitler l’ordre de les exterminer. Leur combat désespéré durera jusqu’au 16 mai, 7000 juifs mourront les armes à la main, les autres seront dirigés vers les camps d’extermination.

 

En France, le 19 Mai 1943, Jeanne perdra sa petite dernière……
Indépendamment des drames de la guerre, les familles vivaient leurs propres drames, liés à la maladie, à l’absence de médicaments capables d’enrayer les épidémies de grippes ou de maladies pulmonaires.

 

Jeanne qui habite dans un secteur où se trouvent les usines d’armement est réveillée chaque nuit par les bombardements. Elle est si fatiguée par ses grossesses successives et ses drames personnels que le bruit ne la réveille pas. C’est Jean qui la secoue au beau milieu de la nuit, afin qu’ils se rendent sur leurs vélos, dans les abris. Jean a son aîné sur les épaules, le second sur le porte-bagages, et Jeanne, le petit dernier 3 ans, accroché à sa taille.

 

Jean Moulin sera arrêté le 21 juin. Il sera identifié par Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, comme le président du Conseil national de résistance. Transféré par les Allemands à Paris, il sera torturé et mourra le 8 juillet 1943 dans le train qui l’amenait en Allemagne.

 

L’été sera de nouveau torride, plus de 37°, pratiquement sur toute la France on relèvera les températures suivante : on relève 40° à Mont-de-Marsan (Landes), 39° à Vichy, 38° à Lyon et Nantes, 37° à Moulins, 36° à Angoulême et 35° à Chartres.

Le 4 Octobre, la Corse sera le 1er département français à être libéré.

 

L’hiver arrivera, pas exceptionnel, mais froid. La neige sera fréquente, surtout dans l’Est, mais les températures ne descendent pas en dessous de – 10.

Dans le courant du mois d’avril c’est le début des bombardements massifs sur les villes allemandes.

Le printemps sera caractérisé par une longue sécheresse qui deviendra exceptionnelle à la fin de mai car les températures atteindront  des niveaux record pour la saison sur toutes les régions du Nord.

Le 6 juin les alliés débarqueront en Normandie, mais le 10 juin aura lieu le massacre par les SS des habitants d’Oradour sur Glane. En juillet le maquis du Vercors est anéantis. Les alliés ont débarqué en Provence le 15 Août et le 25 août Paris sera libéré.

 

A ce moment là, les températures dépassent 30° sur toute la France plus d’une semaine durant.

 

Le 6 Septembre la ville de Bourges est libérée, et c’est le 7 que j’ai choisi pour libérer ma mère. Je suis venue au monde avec toute la vigueur de mes 4 kg. J’avais du lui prendre toutes ses réserves, car les privations de nourriture l’avait laissée décharnée. Pour la première fois elle avait accouché sans douleur. Elle avait supposé que de courir presque toutes les nuits pendant les alertes, cela lui avait préparé l’accouchement.

 

Lorsque du haut de mes 1 mois et demi la coqueluche faillit m’emporter, je fis passer à ma mère toutes les affres de l’inquiétude. J’étais la 3ème fille, mais la première en vie, elle trembla chaque fois que j’avais un brin de fièvre. Mon frère le benjamin me prit pour le précédent bébé, revenu des limbes. J’ai donc hérité des prénoms des deux sœurs décédées, c’est lourd à porter, il me faudra lutter pour rester en vie.

Mon père était fou de moi, je riais toujours, j’étais une petite fille pleine de vie et agréablement entourée affectivement, mes frères me couvaient, j’étais comme un miracle ! Je me suis longtemps souvenue de ce grand gaillard qui me prenait dans ses bras en m’appelant sa « nénette », et qu’affectueusement je lui rendais en l’appelant mon « néné » et j’ai entretenu le souvenir du souvenir. Je n’ai par contre aucun souvenir de scènes de mes parents à ce moment là, mais je revois cette cour où maman allait chercher l’eau au puits l’hiver, car il faisait trop froid pour aller frotter le linge au lavoir. J’ai dans le fond de ma mémoire une chambre dépouillée et un petit lit où se trouvait un bébé qui pleurait. J’appris plus tard que c’était ma petite sœur. J’ai été mise à l’école à l’âge de 2 ans. Ma sœur était née un mois avant mes 2 ans et avec le recul, je pense que ma pauvre maman, avec le travail donné par ses trois garnements et 2 petits bouchons, avait besoin de profiter un peu de ce dernier bébé, pas désiré le moins du monde. C’est à ce moment là qu’elle a pris pleine conscience qu’elle n’était qu’une reproductrice et elle prit la décision de ne plus partager le lit conjugal.

Il faut dire que mon père n’était pas que buveur, mais également coureur invétéré.

De cette courte vie jusqu’à l’âge de 3 ans, j’ai quelques images dont certaines ne sont pas très agréables mais qui ne concernent pas ma famille, je les ai longtemps occultées, elles me sont revenues un jour en pleine figure lors d’un fait divers à l’âge de 15 ans, ça fera peut-être un jour l’objet d’une chronique.

Pour en revenir à mes parents, c’est en interrogeant maman sur mes souvenirs que j’eus des détails sur la mort de mon père.

Je me souviens d’un véhicule ambulance dans la cour qui venait chercher mon père, et un Monsieur habillé en marin (mon cousin germain) qui accompagnait mon père à l’hôpital.

Petite fille, quand on n’avait pas de père, c’était suspect, on n’était pas des gens normaux, tous les enfants avaient un père, sauf ceux qui avaient perdu le leur à la guerre, mais ce n’était pas mon cas.

Mon père après les bombardements de l’usine qui l’employait, avait repris le métier de bûcheron où il excellait, et, en dehors de ce qu’on pouvait lui reprocher sur sa vie personnelle, c’était un homme vaillant et courageux qui n’avait jamais reculé devant l’ouvrage.

En avril 1947 il y avait eu la canicule et l’été fut saharien, dans ces chaleurs il y eut des orages et mon père qui ne craignait jamais rien prit un chaud et froid. La santé ruinée par l’alcool alors qu’il était taillé pour vivre centenaire, il contracta une pleurésie, qui, faute d’être soignée immédiatement car il ne s’était pas soigné assez tôt, devint purulente. La pénicilline bien qu’utilisée à titre expérimentale depuis 1941 son emploi ne s’était pas encore généralisé, mon père s’est éteint le 25 Juillet 1947, laissant maman dans le plus grand dénuement.

 

A suivre pour le dernier épisode…….

Daniela

 

 

 

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2 réflexions sur “Chroniques d’une vie, Suite n° IV

  1. Ce soir j\’ai été bonne élève. J\’ai passé la marche arrière et suis allée tout reprendre dès le début, histoire de piger. Quand on rate le départ ce n\’est pas toujours évident mais je suis curieuse alors… très bien écrit mais cela ne me surprend pas. Et j\’ai beaucoup appris. Douces Pâques Daniela, à ton homme idem.

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