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Une âme est née

Les lumières scintillaient et clignotaient de tous les côtés. Francesca était là, immobile, les yeux à peine entr’ouverts. Elle ne comprenait pas ! Ce matin, elle avait préparé son sac de voyage. Son amie Lydia, qui avait suivi son époux à Naples, en Italie, l’avait invitée à passer 15 jours avec elle pendant que Salvatore terminait un chantier à Aquila dans les Abbruzes, après le tremblement de terre qui avait fait près de 150 morts au mois d’avril dernier. Les dégâts dans les constructions annonçaient des chantiers assez longs et les artisans des alentours
et même plus loin, comme Salvatore, avaient du travail pour un moment.

Francesca et Lydia étaient des amies d’enfance, toutes les deux issues de familles de l’immigration par leur grands-parents, elles avaient gardé des racines familiales en Italie. C’est au cours de vacances passées chez des cousins près de Napoli, que Lydia avait rencontré Salvatore 25 ans auparavant.

Francesca vivait seule ! Elle avait rencontré Romain pendant sa terminale, ils s’étaient fréquentés 5 ans, les familles tenaient bon, les études d’abord !

Ils se sont épousés lorsque Francesca a eu son premier poste dans un village catalan où elle enseigna « histoire-géo ».

Romain était un sportif accompli, il l’entraînait dans ses randonnées, mais lorsqu’il fallait aborder l’escalade, elle préférait le laisser aller avec ses copains, elle avait peur du vide.

Deux ans après leur mariage, ils envisageaient d’avoir un enfant, lorsqu’un soir d’hiver, Romain et 2 de ses amis, partis pour une course en haute montagne, ne sont pas revenus, ils avaient dévissé ! Ils auraient été victimes, d’après
les professionnels du lieu, d’un phénomène d’aérosol, un déplacement d’air en tourbillon dû à une avalanche et qui les aurait fait chuter. Francesca s’est effondrée…..

Depuis plus de 20 ans, elle se consacre entièrement à son métier, elle a enfermé sa souffrance au plus profond d’elle-même. Elle s’est investie dans des classes de soutien pour enfants en difficulté, mais également pour des adultes ayant besoin de remise à niveau, elle s’assomme pour ne plus penser.

Comme chaque année elle retourne en Italie pour les vacances d’été, son amie Lydia est son seul soutien moral, mais elles ne parlent jamais de Romain.

Pour aller à la première gare qui l’emmènera vers Naples, elle commande un taxi. La maison est en ordre, les compteurs sont fermés, portes et volets sont verrouillés, elle soupire…..
elle se sent envahie par une bienheureuse sensation, elle va retrouver le soleil, son amie Lydia, quelque chose en elle a changé, à 43 ans elle est encore une charmante brunette, il serait peut-être temps de tourner la page.

Sur la petite route sinueuse des causses, le taxi va bon train. Elle lui rappelle qu’ils ont tout leur temps, mais le taxi continue à rouler à vive allure. Bien que 90 km soit une vitesse réglementaire sur les routes départementales, elle
trouve que sur des petites routes sinueuses, c’est un peu rapide. Dans une dizaine de minutes elle sera à la gare, elle essaie de maîtriser son angoisse. Dernier virage avant d’attaquer la ligne droite, un tracteur est devant, roulant à faible allure. Le chauffeur du taxi double l’engin juste avant le tournant. Il n’a pas de visibilité, le camion-benne qui venait de charger une moisson de blé précoce, arrivait en sens inverse. Il n’a pas pu éviter le taxi qui est venu le percuter de plein fouet.

Francesca regarde les lumières bleu qui tournoient au-dessus d’elle. Elle ne peut pas parler, elle entend des brouhahas mais n’arrive pas à se connecter avec les voix. Elle voit 2 hommes et une femme qui lui parlent, lui prennent le pouls,
l’auscultent, mais elle ne sent rien ! Elle n’a pas mal, mais elle ne sent rien ! Elle est embarquée dans une ambulance. La femme lui tient la main et lui parle….. elle entend « …. à l’hôpital ».

Elle est installée dans une salle d’urgence, près d’elle se trouve une femme en douleurs….. elle est sur le point d’accoucher, mais la naissance n’était programmée que pour dans 15 jours, il n’y a pas de lit prêt avant demain.

Elle se regarde…. elle réalise qu’elle a quitté son corps, elle le voit là, sous elle, près de la femme en couches. Elle ne veut pas mourir, elle doit rejoindre Lydia,
elle a encore tant de choses à vivre et à accomplir !

Elle voit la femme se tordre de douleur, elle l’entend crier et appeler. Une infirmière arrive, affolée elle se rend compte que la tête est engagée, il va falloir
la faire accoucher ici, dans la salle d’urgence. Francesca se sent sourire, pourtant elle voit son corps en bas, inerte, les yeux clos, c’est une sensation bizarre.

Elle voit une sage-femme arriver pour prêter main-forte à l’infirmière, puis, elle voit sortir un petit être, elle entend la sage-femme dire : « c’est une fille
Madame….. », puis le bébé s’est mis à crier, Francesca s’est sentie aspirée…… disparaître…… avalée !

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Daniela.

 

 

 

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Tout bascule….

Stéphane avançait lestement, sa charge sur le dos, en prenant bien soin d’éviter les routes beaucoup trop fréquentées à son goût. Dans son paquetage il avait réuni le minimum vital pour lui : sa brosse à dents, un savon de Marseille, un carré de serviette éponge, quelques sous-vêtements et son anorak. Il savait qu’il allait traverser la montagne, comme ces pèlerins en d’autres temps qui suivaient le chemin de Compostelle, mais son but n’était pas guidé par la foi. Il voulait disparaître, disparaître à jamais, laissant derrière lui appartement, voiture, travail…. Il voulait se fondre dans la nature, ne plus exister.

C’était un jeune cadre, 30 ans, marié depuis cinq ans, pas d’enfant, son ambition ne lui permettait pas les entraves de ce genre. Son épouse, Florence, 28 ans, jeune avocate en devenir ne voulait pas non plus handicaper son ambition par une grossesse qui viendrait perturber un avenir professionnel en ascension, la vie lui avait été difficile, de famille très modeste,  elle avait du surmonter les difficultés pour  arriver à sa position, mais elle ne s’en arrêterait pas là, ils verraient plus tard !

Tous les deux formaient le couple idéal, admirés mais également enviés par leurs amis, tout leur souriait !

Florence travaillait sur un dossier qui devait consacrer sa carrière, elle était partie civile dans une sombre affaire de pédophilie où la drogue n’était pas non plus étrangère et des personnages « haut placés » paraissaient compromis.

Ce matin là, elle devait se rendre au palais pour rencontrer le juge chargé avec elle du fameux dossier. Elle prit donc le chemin de son bureau pour faire le point avec son secrétariat de l’affaire en instance.

Arrivée dans le petit immeuble en cours de restauration, elle négligea l’ascenseur momentanément en « panne technique » et prit les escaliers.

C’était une vieille construction que la ville avait décidé de réhabiliter, mais n’avait pas encore mis à disposition les bureaux de remplacement pour les activités y séjournant. Il y avait des échafaudages un peu partout, elle dut contourner les obstacles pour arriver enfin au 3ème étage où se trouvaient les appartements à usage de bureau, le premier étage et le rez-de-chaussée étant destinés à l’habitation.

Au rez-de-chaussée, dans l’un des appartements, vivait une famille squatteuse sur laquelle la mairie avait jusque là fermé les yeux, n’ayant pas fait aboutir la demande de logement social. Ils ne nuisaient à personne et après tout, l’immeuble serait bientôt réhabilité, les loyers augmentés pour rentabiliser les frais.

Au dehors le bruit des marteau-piqueurs assourdissait les riverains. La pelleteuse venait de partir après avoir préparé les tranchées pour l’entretien des divers réseaux.

Florence arrive à la porte de son bureau, tout en pestant contre le bruit et la poussière. Elle sent une drôle d’odeur, comme celle du gaz, mais depuis le début des travaux, l’immeuble sent toujours mauvais. Sa secrétaire a préparé les dossiers, lui laissant un mot car elle est sortie, elle devait se rendre à une réunion parentale pour faire le point du premier trimestre de sa petite. Florence sourit !

A l’étage en dessous, Nadia vient de rentrer, elle fait des ménages dans les bureaux la nuit, elle est fourbue. Elle trouve qu’aujourd’hui ça sent un peu plus mauvais que d’habitude, mais elle est tellement fatiguée…. Elle accroche sa veste au portemanteau, se prépare un café bien fort et sort son paquet de cigarettes.

L’explosion a détruit l’immeuble, le feu s’est propagé, la canalisation de gaz au dehors avait été touchée par la pelleteuse, le gaz avait investi l’appartement de Nadia.

Florence a été retrouvée sous les décombres, son dossier dans les bras, elle avait été tuée sur le coup !

Stéphane a reçu la nouvelle sur les lieux de son travail, il est anéanti, sa vie n’a plus aucun sens. Il accompagnera Florence à sa dernière demeure avant de tout plaquer.

Il continue imperturbablement son chemin, il n’a plus goût à rien, il part droit devant, sans but, voilà déjà des semaines qu’il a laissé l’Ile de France, son baluchon à la main, il ne pense pas à demain. Il est vide de tout, l’effort est son seul réconfort, la douleur ne le quitte pas. De temps en temps il croise un chien, même un humain, mais il passe son chemin ruminant son chagrin.

 

Daniela    

D’une illusion d’amour…….

Ils s’étaient rencontrés la première fois lors d’épousailles d’amis communs. Il aimait bien ce genre de femme, Fanny était une brune piquante à souhait, mais à cet instant précis, Bernard l’avait simplement trouvée sympathique et ne s’y était pas arrêté plus longuement.

Puis, à l’occasion d’une rencontre amicale du même cru, ils se sont revus. Tous les deux traversaient une période difficile, lui, sa vie conjugale était inexistante, elle, son mari brutal avait quitté le domicile familial, leur détresse les avait rapprochés.

La vulnérabilité de la situation a permis à la passion de s’épanouir, c’était juste ce qu’il lui fallait (à lui) pour quitter une maison hostile.

Il a donc plié armes et bagages et rejoint la belle dans son nid.

Les premiers temps d’euphorie passés, quelques mois après, la passion s’est évanouie, il n’est resté qu’une tendre amitié, c’était trop peu pour cet homme exigeant. Après avoir fait le point de leurs sentiments, ils ont convenu de cesser toute relation amoureuse tout en maintenant une cohabitation qui rendait service à l’un comme à l’autre en attendant que les affaires en cours se réalisent.

 Les divorces de chaque côté impliquent bien évident la vente des biens communs.

Il reprit sa vie d’homme libre, caracolant à l’occasion, la nature est exigeante, et elle continua sa vie avec ses amis, amies, famille. Ils se retrouvaient occasionnellement en toute amitié, comme on le fait généralement quand on a un peu de sociabilité à l’occasion de fêtes ou d’anniversaires.

Puis est arrivé l’échéance, celle qui permettrait à Bernard de se prendre un nouveau toit, la vente de sa maison !

Il annonce à sa propriétaire que le moment était arrivé pour lui d’arrêter de camper, et qu’il allait bientôt quitter sa demeure. C’est vrai qu’il n’y avait pas ménagé sa peine. Il l’avait grandement fait profiter de ses talents de bricoleur et rendu la maison plus sympathique. Il n’avait ménagé ni sa peine, ni même son budget, il avait rendu les lieux douillets.

Quelle ne fut pas sa stupeur de voir son amie se transformer en furie, lui reprocher d’avoir profité d’elle et de l’abandonner lâchement. Il en est resté coi !

Comment cette femme avec laquelle il n’avait que des rapports amicaux depuis deux ans, pouvait-elle lui faire la grande scène du II alors qu’il n’y avait jamais eu de promesse d’avenir entre eux, c’était démentiel.

Il tenta bien de la calmer, de lui rappeler les termes de leur cohabitation, puisque seulement cohabitation il y avait, et bien NON ! Elle s’en tenait à ses rêves. Elle s’était mis en tête que, dès leurs affaires respectives réglées, ils avanceraient ensemble vers un même avenir. C’était son rêve à elle. Elle ne s’était pas rendue compte que depuis des mois il avait quelqu’un dans sa vie, qu’il passait le plus clair de son temps chez une autre….., et que c’était cette autre avec laquelle il avait planifié son avenir.

Elle s’est enfermée dans son rêve, n’a rien voulu voir, rien voulu savoir…. Elle veut mourir, sans même penser que ses enfants ont besoin d’elle, elle ne pense qu’à sa douleur qu’elle entretient de ses fantasmes. Elle ne sait pas, elle ne veut pas savoir que la vie est précieuse et que d’autres luttent pour la garder, elle ne sait pas que chacun est responsable de sa vie et de ses choix et que les mauvais choix sèment le malheur auprès des siens…….

Elle saura, si elle le veut, que demain peut lui apporter beaucoup, il suffit pour ça de s’ouvrir aux autres de ne pas s’enfermer sur elle-même.

 

Daniela

Parcelles de vie, triste vie….

 

 

Il était là, couché sous un tas de cartons qu’il avait ramassés près de cette usine où il avait demandé sans succès du travail, avant qu’ils ne soient récupérés, puis les avait cachés en contrebas de la rivière, bien abrités à l’intérieur d’une buse installée lors de travaux d’assainissement, mais qui ne servait strictement à rien. Encore un gaspillage de l’argent du contribuable.

Le froid commençait à tomber, les journées bien qu’ensoleillées, se rafraîchissaient dès que le soleil tombait. Il avait fait la tournée des poubelles ; le soir, il n’y avait pas grand monde dans les rues, les gens étaient bien au chaud devant leur poste de télé, ils ne savent plus guère se parler.

Aujourd’hui, la récolte avait été bonne, il y avait un manteau matelassé à peine usagé, un peu large  pour lui, mais ça ne se remarquerait pas, il avait aussi trouvé deux pulls, c’est vrai que les gens gaspillent tant….. , mais là, c’était différent. Il avait remarqué en passant dans l’Avenue qui le conduisait à son abri, un couple de personnes qui déménageait des meubles sur le trottoir, ainsi qu’un tas de vieilleries qui paraissait sortir du garage d’un bricoleur conservateur.

L’air faussement enjoué il leur demanda s’ils préparaient un « vide grenier » ? Il lui fut répondu que le père venait de décéder et qu’ils débarrassaient la maison. Le linge en majorité avait déjà été emporté et distribué ainsi que ce qui avait une quelconque valeur à leurs yeux,  mais il était resté sur une patène, ce manteau et ces deux pull-over qu’ils n’avaient pas jusqu’à présent remarqués.

Ils ont posé les vêtements sur la poubelle et s’en sont allés après avoir rempli la camionnette.

Jean-Louis, c’était ainsi qu’il se nommait, avait fait mine de partir et lorsque le véhicule s’était suffisamment éloigné pour ne plus être vu, il était revenu sur ses pas et avait emporté les précieux vêtements.

Il était là dans sa buse, ses cartons lui servant de matelas, il s’enroulerait dans ce film plastique alvéolé comme dans une couverture, après s’être régalé avec de la soupe bien chaude, il avait pu allumer un petit feu dans le fond de la buse, et cette vieille casserole qui lui servait à tout serait parfaite pour la réchauffer, ensuite il ouvrirait sa boîte de pâté qu’il étalerait sur sa baguette toute fraîche, c’était son meilleur moment depuis longtemps, peut-être la chance allait-elle tourner ?

Geneviève avait passé un après-midi speed, elle ne s’était pas arrêtée un instant, courir d’un côté pour aller travailler, courir de l’autre pour des papiers administratifs, et pour finir, les provisions pour remplir le « frigo ».

En entrant dans le « Leader chip » elle avait remarqué, près des chariots, un homme d’environ une quarantaine d’années, il paraissait propre mais une barbe naissait et dans ses yeux elle avait vu du désarroi, il lui avait demandé une pièce pour acheter du pain, mais elle n’avait jamais de monnaie sur elle, l’utilisation de la carte bancaire est devenu  récurrent.

Elle entra dans le magasin, prit sa liste de provisions qu’elle suivit scrupuleusement car elle ne devait pas trop s’écarter de son budget, les temps sont durs, il y a encore à la maison 2 de ses enfants adultes qui n’ont pas de travail et le mari qui entre dans la déprime, non plus ! Il faut bien qu’elle pourvoie au minimum et surtout qu’elle reste ce pilier qui permet à sa famille de rester unie.

Cet homme à l’entrée, ça l’avait dérangée, elle pensait que ses enfants et son mari avait au moins un toit… et elle… qu’avait-il lui pour en arriver à la mendicité, elle n’en savait rien, mais ses yeux renvoyaient tant de misère qu’elle en fut ébranlée. Elle ajouta dans son panier 3 boîtes de pâté, c’était un lot, une boîte de fruits en conserve, les fruits frais n’étaient plus de saison et commençaient à être chers, ainsi qu’une bouteille de jus de fruits. Elle y ajouta une baguette de pain et un pack de soupe de légumes, ainsi qu’une boîte de fromage en portions, ce n’était pas grand-chose, mais au moins ce soir, il aurait l’estomac plein. Elle mit le tout dans un sachet bien à part, et lorsqu’elle sortit, elle rangea ses provisions dans le coffre de sa voiture et remit le sachet à Jean-Louis (elle ignorait qu’il s’appelait ainsi) et lui dit : « excusez-moi, je ne peux pas faire plus » et partit rapidement le laissant stupéfait, bredouillant un « merci…. Oh, merci…., merci beaucoup !

 

Daniela,

Un merveilleux secret …..

 

 

Le jour était à peine levé qu’Adeline avait déjà servi à son père, le bol de soupe chaude et la tranche de ce gros pain de campagne qu’on ne trouve plus sur les étals des boulangers aujourd’hui. C’était un de ces matins frais d’un hiver pas encore arrivé, dans les années 1930, qualifiée de "Belle Epoque".

Au-dehors, une brume légère s’élevait de l’Etang du Tertre pour s’étendre sur le coteau jusqu’à cacher la vigne qui tendait ses sarments décharnés vers le ciel.

L’automne se terminait laissant les champs à peine séchés de ces pluies diluviennes qui n’avaient pas cessé le mois précédent. La terre jusqu’à la semaine dernière était saturée d’eau, mais depuis hier, en entrant sa main dans une motte d’un labour inachevé, le père a hoché la tête d’un air satisfait, il allait pouvoir atteler les chevaux et terminer l’ouvrage commencé, il était important que le gèle n’arrive sur la terre qu’une fois qu’elle était retournée.

Après avoir terminé son petit déjeuner avec un bol de lait, le père est sorti pour aller à la traite, il n’y avait que 6 vaches, mais aussi les cochons, « Fifine » avait fait une belle portée, 16 petits, c’était tout juste le nombre de ses tétines et tous paraissaient vigoureux, il fallait bien lui donner de quoi les allaiter. La culture des patates douces avait été bonne et ramassée juste à temps, avant le déluge.

Adeline, quand son père fut sorti, débarrassa et rangea la cuisine, puis monta lentement jusqu’à la chambre de sa mère qui venait de mettre au monde, après 3 filles, l’héritier tant attendu ! Les couches furent pénibles, à 40 ans passés, la mère et l’enfant avaient bien failli y passer,  mais les soins vigilants de sa fille aînée l’avait soulagée et permis à l’enfant d’être sauvé.

Adeline prit le bébé dans ses bras pour le changer, il était menu, mais vigoureux, il avait envie de vivre et savait le montrer, il s’époumona jusqu’à ce que la tétine fit couler dans sa bouche le nectar lacté qui le calma instantanément. Elle tenait cette petite vie entre ses bras et se demandait ce que serait son destin.

C’était une belle jeune fille de 16 ans, solide comme les filles de la campagne, mais fine comme ces créatures qu’on peut voir sur les magazines de Paris. Son père espérait qu’elle épousât Benoît, le fils unique de son voisin, cela ferait plus tard une belle propriété, mais il ne la brusquait pas, c’était un homme sage.

Adeline qui avait un esprit très vif avait quitté l’école après ses 12 ans pour aider ses parents à la ferme, mais Madame HOUDIN l’institutrice, qui l’avait prise en amitié, lui avait permis, après les heures de classe terminées, de venir chaque jour pour continuer à étudier, lui mettant les livres à disposition.

Elle préparait en secret le certificat pour devenir institutrice à son tour. Lorsque son petit frère était né, son cœur plein d’espoir s’était gonflé, elle allait pouvoir avouer enfin à ses parents, son merveilleux secret, institutrice elle serait !

 

Daniela.

Il faut se souvenir que l’acculturation de la population, bien qu’attribuée au départ à Charlemagne, n’a réellement commencé qu’au début du XIX° siècle, je vous cite ci-après un extrait d’article pris sur le net, écrit par René Merle :

"………….On sait quel rôle le creuset politique des clubs révolutionnaires, puis celui de l’armée républicaine et napoléonienne, joueront dans l’acculturation française. La mise en place d’une vraie scolarisation, projetée par les Montagnards, mais arrêtée par l’élimination de Robespierre, ne commencera à se faire que dans les années 1830, sous la monarchie de Juillet. C’est alors que l’accès à la lecture commencera à se répandre dans la jeunesse populaire des villes et des champs, doublée d’un désir irrépressible de modernité et de justice, que les lettres françaises du temps peuvent nourrir. On ne comprendrait pas sans cela l’immense retentissement populaire de l’œuvre d’un Victor Hugo, par exemple."

L’accès du "petit peuple" aux grandes écoles et aux universités est beaucoup plus récent. 

 

Pour les intéressés je pose l’URL : http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=51

 

 

Trahison,

 

Depuis quelques jours elle n’arrive plus à contrôler ses pensées, elle n’arrive pas à croire ce qu’au fond d’elle-même elle savait pourtant, « il ne l’aime pas ! ».

Elle voulait espérer, croire que chaque mot échangé était porteur d’amour, que leurs échanges n’étaient qu’une valse romantique et subtile mais qu’il finirait par la rejoindre, c’était trop fort entre eux pensait-elle.

Ces jeux de mots, tissés sur la toile fragile de l’espérance n’étaient qu’écrits, farandoles spirituelles, frôlant toujours les non-dits mais encrant dans sa tête un faux perçu de réalité, une ambiguïté.

Pour lui ce n’était qu’une amitié, comme on peut quelques fois en trouver, très forte, basée sur un respect et une admiration de l’autre, mais il avait également une tendresse devant sa fragilité. Il n’avait pas voulu la peiner, il avait compris très rapidement qu’il n’y aurait jamais rien de plus pour lui que cette amitié ; elle était brillante, amusante, charmante, mais il n’y avait pas eu entre eux (en lui plus exactement) ce déclic, autre que la chair, qui fait que deux êtres ont envie de se retrouver, on ne fait pas une fin de sa vie, bien que solitaire, il n’en était pas là ! Il lui avait bien fait comprendre, ou du moins l’avait-il cru ?

Elle se sent trahie, rejetée au profit de cette autre qui ne lui arrive pas à la cheville, elle ne comprend pas ! Elle voudrait partir, fuir, oublier…. Elle est blessée, dans son cœur, dans son amour-propre, elle le hait pour l’avoir trahie, elle a besoin de recul, de s’évader, vivre autre chose, changer de peau, laisser derrière elle toute cette charge émotionnelle bâtie sur du néant.

Il sait qu’elle est blessée, il n’a pas vu venir cet effondrement, il continuait ce jeu un peu tronqué sans se douter de ce qui allait se déclencher, elle paraissait avoir trouvé un autre amour pour se consoler, rien ne pouvait lui laisser supposer qu’à l’impossible elle s’était accrochée, d’espoirs point il ne lui avait donnés.

Au printemps il avait rencontré cette autre femme qui lui a fait entrevoir, une vie pleine d’espoirs et d’amour, il était agréablement chamboulé quand il se l’imaginait, sentait son parfum ou le toucher de sa peau, ce qu’il n’avait plus ressenti depuis fort longtemps.

Une autre vie s’offre à lui……..

Elle part, désabusée…


Daniela

Afin de couper court à toutes suppositions, ceci est une fiction, je ne suis en rien concernée, mes amours se portent bien, mais il y a toujours dans l’entourage de soi, des histoires de connaissances, d’amis ou de couples, qui apportent de l’eau au moulin de notre écriture.